Je n’ai pas eu le temps, au début de cette année, de faire le bilan de l’année dernière, alors je vais le faire maintenant.
En 2016, j’ai quitté Chengdu pour Hong Kong, puis, en 2023, Hong Kong pour Paris. Cela fait donc déjà dix ans que j’ai quitté la Chine continentale.
Je ne sais pas si vous qui avez vécu dans différents contextes culturels éprouvez la même chose : où que l’on soit, on parvient à trouver un certain sentiment d’appartenance, tout en ressentant aussi un décalage.
Par exemple, chaque fois que je retourne à Chengdu, je constate que la technologie est encore plus présente. Quand mes parents me racontent au téléphone les détails de leurs sorties en camping, j’ai du mal à me représenter les choses, car ils n’ont commencé à camper régulièrement qu’après mon départ. C’était pareil lorsque je suis retournée à Hong Kong l’année dernière : certaines boutiques avaient fermé, d’autres avaient ouvert, et l’on pouvait désormais voir Mixue Bingcheng et Yuan Ji Yun Jiao dans les rues de Hong Kong. En France, ce sentiment de décalage vient davantage de l’impuissance que je ressens face à mon incapacité à me relier en profondeur à la partie immergée de l’iceberg culturel.
Mais, en même temps, je parle les langues de toutes les régions où j’ai vécu, je comprends certaines plaisanteries que seuls les habitants du coin peuvent saisir, et je connais les chanteurs, les acteurs, les spectacles et autres références populaires de ces différentes cultures.
Nous sommes comme des pissenlits : là où le vent nous emporte, nous prenons racine.
À trente-trois ans et demi, si l’on se base sur l’espérance de vie moyenne des femmes, il ne me reste que quelques années avant d’arriver à la moitié de ma vie. En repensant à ces trente et quelques années, je n’ai pas eu particulièrement de chance, mais je n’ai pas été particulièrement malchanceuse non plus. Avec mes aptitudes ordinaires, c’est à force de travail et de persévérance que j’ai réussi, tant bien que mal, à me frayer un chemin.
Il y a peut-être toujours, dans la vie d’une femme, certaines périodes où elle se sent perdue. La première fois que je me suis sentie complètement perdue face à l’avenir, c’était à vingt-sept ans. Beaucoup de choses se cumulaient alors : le Covid, l’instabilité professionnelle et l’impuissance d’être coincée à Hong Kong. Aujourd’hui, à trente-trois ans et demi, je traverse ma deuxième période d’égarement. Après avoir surmonté mille difficultés pour me reconvertir dans l’informatique, je dois maintenant faire face à la menace de l’IA et à la disparition des postes juniors. Quant à mon âge, même si les personnes que je rencontre pour la première fois me disent toujours que j’ai l’air d’avoir vingt-sept ans, mon horloge biologique me rappelle bel et bien sans cesse qu’il est temps de prendre en considération la question d’avoir ou non des enfants.
Heureusement, je suis encore jeune d’esprit. Je reste curieuse de beaucoup de choses et j’ai encore une assez bonne capacité d’apprentissage. En général, dès lors que je décide vraiment de faire quelque chose, j’y parviens. Je reste donc pleine d’espoir pour l’avenir.
