Je savais depuis longtemps que mon église organisait chaque jeudi une activité bénévole consistant à préparer des sandwichs pour les sans-abri, mais comme je travaillais en semaine, je n’y avais jamais participé. Plus tard, à cause d’un burn-out, j’ai été contraint de mettre ma vie sur pause. J’ai alors enfin eu le temps et la disponibilité nécessaires pour faire du bénévolat le jeudi.
La tâche est en réalité très simple : étaler du beurre sur deux tranches de pain, ajouter une tranche de fromage et une tranche de jambon, puis emballer le sandwich dans du papier aluminium avant de le mettre dans un sac.
Nous sommes généralement une dizaine à chaque fois, mais ce ne sont pas toujours les mêmes personnes : chacun vient lorsqu’il en a le temps.
Nous discutons tout en préparant les sandwichs. Il y a des personnes originaires de France, des États-Unis, de Dubaï, du Nigeria et de Madagascar. Nous parlons des raisons qui nous ont amenés ici, des questions de société propres à la France et aux États-Unis, de la guerre et du coût de la vie qui ne cesse d’augmenter.
Nous savons tous que les sandwichs préparés en une heure ne changeront pas grand-chose. Mais au moins, ils peuvent rendre la journée de quelques sans-abri un tout petit peu meilleure que la veille.
Je n’ai jamais participé à la distribution des sandwichs le lendemain, alors je ne sais pas qui a finalement reçu la dizaine de sandwichs que j’avais préparés.
Parfois, pendant que je les prépare, je ne peux m’empêcher d’espérer que ces personnes apprécieront ce repas tout simple lorsqu’elles ouvriront leur sac en papier. Si, à cet instant, ce sandwich peut leur apporter un peu de chaleur au cœur, cela me rendra très heureux. Il arrive qu’il nous reste une tranche de jambon ou de fromage ; nous la mettons alors dans le dernier sandwich et plaisantons tous en disant que la personne qui le recevra aura de la chance.
À la fin de l’activité, j’ai soudain compris que le sentiment d’appartenance ne vient pas nécessairement du fait d’être accepté par les autres. Parfois, lorsque l’on commence à faire quelque chose, même de très modeste, pour la société, on finit peu à peu par sentir que l’on en fait véritablement partie. C’est à ce moment-là que j’ai enfin compris ce que l’auteur entendait par « communauté » dans Avoir le courage de ne pas être aimé.
Le bonheur n’est peut-être pas forcément quelque chose de grandiose. Parfois, il consiste simplement à préparer avec soin un sandwich aux côtés de personnes que l’on n’avait encore jamais rencontrées.
