Avant de venir à Paris, j’ai enseigné le chinois pendant six ans à Hong Kong. Si je n’avais pas choisi de venir étudier à Paris, je serais peut-être restée à Hong Kong, j’aurais préparé un PGDE et, après avoir obtenu mon diplôme d’enseignement, j’aurais intégré une école. Sauf imprévu, j’y serais sans doute devenue peu à peu une professeure de chinois expérimentée.
Mais comme je rêvais depuis toujours d’étudier à l’étranger, une fois que j’ai eu gagné suffisamment d’argent pour payer mes frais de scolarité et de subsistance et obtenu un score assez élevé à l’IELTS, j’ai résolument choisi de partir. Certains abonnés m’ont demandé si cela valait vraiment la peine de s’arracher ainsi à une culture à laquelle on était déjà habitué. En réalité, chacun est le seul à connaître la réponse à cette question, car il s’agit bel et bien d’une aventure dont on doit assumer soi-même les risques et les conséquences. Répondre de ses propres décisions est l’une des leçons les plus importantes et indispensables de la vie adulte.
Quant à moi, ma réponse est que je ne regrette rien. Même si je ne me suis pas encore complètement habituée à la vie parisienne, même si mon salaire est pour l’instant inférieur à celui que je touchais à Hong Kong, même si, à un âge où les autres sont déjà mariés et ont des enfants, je dois repartir de zéro pour apprendre à coder et à parler français, je ne regrette rien.
Car j’ai l’impression de passer d’un univers parallèle à un autre, de professeure de chinois à Hong Kong à développeuse en France. Une expérience aussi singulière est unique, et je me sens même incroyablement chanceuse d’avoir eu l’occasion et la capacité d’arriver jusque-là.
J’ai vu aussi bien des personnes issues des milieux populaires s’efforcer de gagner leur vie dans différentes régions que des membres de la classe moyenne rêvant de voir leurs enfants réussir, ainsi que des personnes riches, tantôt hautaines, tantôt modestes. En tant qu’observatrice et actrice de la vie, j’y ai déjà beaucoup gagné.
Alors, ai-je recommencé ma vie à zéro ? Oui et non. Mon métier, mon lieu de vie et la langue que j’utilise au quotidien ont changé, mais, au fond de moi, je reste cette jeune femme travailleuse et déterminée à aller de l’avant : celle qui a quitté sa petite ville pour Chengdu à cause de KFC, puis est partie à Hong Kong grâce à ses études, s’y est enracinée à force d’efforts, avant de repartir étudier en France et de s’efforcer à nouveau de s’y construire une vie.
Après tout, la vie est un jeu. Alors pourquoi ne pas devenir la joueuse numéro un, celle qui ose faire ses propres choix ?
Je terminerai par une chanson française que j’aime beaucoup en ce moment : Va va vis, va va, mon ami, n’oublie pas de sourire en chemin. Va va vis, va va, mon ami, et le destin pourrait bien changer d’avis.
(Va vivre, pars, mon ami. N’oublie pas de sourire en chemin, même s’il t’arrive parfois de te sentir perdu. Va vivre, pars, mon ami. Peut-être que le destin changera d’avis au moment où tu t’y attendras le moins.)
