Au cours des dix années qui ont suivi la fin de mes études universitaires, j’ai d’abord travaillé deux ans à Chengdu. Je suis ensuite partie à Hong Kong pour y faire un master de littérature, puis j’y suis restée travailler pendant six ans. Enfin, j’ai résolument décidé de venir à Paris pour me reconvertir dans l’informatique. Aujourd’hui, je travaille dans la gestion de bases de données au sein d’une entreprise française.

Le travail et la vie personnelle s’entremêlent

Depuis six mois, mon expérience du monde du travail à Paris se situe à mi-chemin entre celles de Chengdu et de Hong Kong. Les collègues partagent de petites anecdotes sur leur famille et leur vie quotidienne, et l’entreprise organise même des événements comme une « journée des familles », qui permet aux familles avec enfants de se rencontrer et de passer du temps ensemble. Les collègues enceintes apportent des friandises au bureau, puis tout le monde fête la nouvelle et discute ensemble, tout en profitant de l’occasion pour faire une pause. Une collègue qui a donné naissance à des jumeaux a envoyé un courriel collectif pour annoncer la bonne nouvelle à tout le monde.

Des niveaux de compétence très inégaux

Comme mon travail se situe au milieu de l’ensemble de la chaîne logistique et que je dois recevoir les informations sur les articles transmises en amont, je peux constater que les compétences et l’attitude au travail varient beaucoup d’un collègue à l’autre. Certains sont très méticuleux, tandis que d’autres commettent tellement d’erreurs que je me demande vraiment comment ils ont pu décrocher un CDI. Cela montre bien que trouver un emploi relève véritablement de la loterie et n’est pas directement lié aux compétences.

Équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle

Comparé à la rigidité de Hong Kong, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle à Paris se situe à un tout autre niveau : au moins deux pauses-café par jour au bureau, des discussions avec les collègues en dehors du travail, des fêtes organisées régulièrement pour toutes sortes de raisons, cinq semaines de congés payés par an, ainsi que des RTT — les salariés travaillant plus de 35 heures par semaine peuvent prendre une journée ou une demi-journée de repos —, entre autres.

CDI et CDD

Ce n’est qu’après avoir signé un CDI — un contrat à durée indéterminée — à Paris que j’ai réalisé que, pendant toutes ces années, je n’avais en fait eu que des CDD — des contrats à durée déterminée. J’ai l’impression d’avoir obtenu un poste permanent, mais je crains aussi que ce confort excessif ne finisse par m’empêcher de progresser.

Le français est vraiment, vraiment, vraiment important

La plupart de mes collègues français choisissent de me parler en français. Quelques-uns, après avoir discuté avec moi, passent à l’anglais chaque fois qu’ils me voient. Mais dans les situations formelles ou lors des conversations de groupe, tout le monde repasse automatiquement au français. Dans ces moments-là, je reste pratiquement muette et me contente surtout d’écouter. J’ai ensuite obtenu le niveau C1 en français, mais je ressens toujours une certaine distance dans les échanges quotidiens.

Le zèle excessif de l’Asiatique habituée à réussir les examens

Même si je ne me considère pas comme une acharnée de la compétition, en tant qu’Asiatique habituée à réussir les examens, je travaille effectivement avec plus de sérieux que mes collègues. Mon responsable m’a dit que le volume de tâches que j’avais accompli en cinq mois de stage équivalait au total réalisé par deux autres employés.

Une cantine bon marché aux portions généreuses

Alors qu’un repas à l’extérieur coûte au minimum entre 10 et 15 euros, à la cantine de l’entreprise, il suffit de dépenser 4 à 5 euros pour avoir la formule complète : entrée, plat et dessert. Chaque jour, ce que j’attends avec le plus d’impatience, c’est le déjeuner. Mais certaines de mes collègues françaises détestent la cantine, car elles sont plus exigeantes en matière de nourriture.