À 10 ans, j’ai quitté ma petite ville natale pour m’installer à Chengdu

Pour être tout à fait honnête, c’est par gourmandise que j’ai suivi ma mère à Chengdu : je voulais manger au KFC de Chengdu, car à l’époque, il n’y en avait pas dans notre petite ville. Lors d’une réunion de famille, mes parents m’ont demandé si je préférais partir à Chengdu avec ma mère ou rester dans notre ville avec mon père. Avec l’image d’un délicieux poulet frit en tête, j’ai répondu que je voulais aller à Chengdu.

À 18 ans, je me suis installée à Changsha

J’y ai fait des études universitaires en science et ingénierie des matériaux. Bien que l’université fasse partie du Projet 985, la qualité de l’enseignement m’a déçue. Parallèlement, une rupture amoureuse m’a fait sombrer dans la dépression. À l’époque, je voulais vraiment abandonner mes études, mais mes parents m’en ont empêchée, et je me suis forcée à aller jusqu’au bout de ma licence.

À 20 ans, je me suis installée à Dalian pendant un an

J’y étais étudiante en échange. C’était la première fois que je vivais dans le nord de la Chine, et il m’a fallu beaucoup de temps pour surmonter mon blocage psychologique et me rendre aux bains publics. Je suis très reconnaissante d’avoir pu m’éloigner pendant un an de l’environnement qui me déprimait jusque-là. J’y ai aussi été très heureuse, ce qui montre à quel point changer d’environnement peut être important pour retrouver un équilibre psychologique.

À 24 ans, je me suis installée à Hong Kong

J’y ai fait un master. Pour réaliser mon rêve de littérature, j’ai choisi cette spécialité, puis je suis restée et suis devenue une expatriée à Hong Kong. Là-bas, j’ai appris le cantonais et l’anglais, et ma vision de la vie, mes valeurs et ma conception de l’amour ont toutes été remodelées. Je suis profondément reconnaissante envers cette ville. Si Chengdu est mon premier chez-moi, alors Hong Kong est mon deuxième.

À 31 ans, je me suis installée à Paris

J’y ai fait un deuxième master. Afin de pouvoir travailler à distance et m’établir à l’étranger, j’ai choisi de me reconvertir dans l’informatique, puis je suis restée et suis devenue une expatriée en France. Avec mes maigres connaissances en informatique et en français, j’ai encore traversé de nombreux chocs culturels (culture shocks). J’ai finalement réussi, peu à peu, à m’adapter à la culture française, une culture à la fois « libre » et « lente ».

Cette première moitié de vie passée à aller d’un endroit à l’autre me destinait sans doute à ne pas rechercher la stabilité. Je sais qu’une vie tranquille dont on peut prévoir la suite au premier regard ne me convient pas. D’un autre point de vue, j’ai toujours été de passage dans ce monde, une personne en marge. Où que je m’installe, je ne me suis jamais véritablement intégrée. Je fais simplement tout mon possible pour vivre chaque expérience, observer et vivre pleinement.

Je ne sais pas encore où ni comment je déménagerai à l’avenir. À chaque installation dans un nouvel endroit, j’ai l’impression de rebattre les cartes de ma vie, comme si je passais d’un univers parallèle à un autre. Ces passages m’ont aussi beaucoup apporté : je me sens libre, je voyage léger, mes amis sont dispersés dans le monde entier, j’ai la possibilité d’explorer davantage de voies et je suis devenue la personne que je voulais être.