Il y a longtemps que je veux écrire cet article. Le mois prochain marquera le troisième anniversaire de mon arrivée en France, et les souvenirs que m’a laissés la ville de Hong Kong deviennent inévitablement flous, même si j’y ai vécu pendant sept ans. Alors je veux, avant d’avoir tout oublié, consigner l’amour et la gratitude que j’éprouve pour Hong Kong.

Naval a dit un jour que les choses les plus importantes dans la vie sont : choisir où l’on vit, quel travail l’on fait, et avec qui l’on est. Ces choix ont sur nous une influence profonde, et finissent par nous façonner.

La beauté de Hong Kong, c’est une beauté unique, née de la rencontre entre l’Orient et l’Occident. On le voit déjà dans le petit-déjeuner hongkongais classique : toast, œufs brouillés au jambon, nouilles au bœuf satay, le tout accompagné d’un verre de lait thé hongkongais. Traverser l’Orient et l’Occident, cela signifie pouvoir circuler entre différentes cultures. Si l’on veut un petit-déjeuner chinois, on va « boire le thé et manger des dim sum » ; si l’on veut quelque chose de plus occidental, on va à Central ou Sheung Wan pour un brunch.

La beauté de Hong Kong réside aussi dans sa petite taille mais sa grande finesse : en quelques dizaines de minutes de trajet, on peut aller de Causeway Bay à la plage de Shek O, ou bien faire une randonnée au Lion Rock. De la ville à la campagne, voire jusqu’aux îles périphériques, on peut s’y rendre en une heure à peine dans le meilleur des cas.

Mais Hong Kong m’a apporté bien plus que cela. C’est là que j’ai perfectionné mon cantonais et mon anglais, que j’ai appris à nager et à me défendre, que j’ai passé en cours du soir mon certificat de coach sportif et mon diplôme de premiers secours, et que j’ai été baptisée pour devenir chrétienne. Plus important encore, c’est la vie et le travail dans cette ville qui ont fait de moi une personne ouverte et tolérante.Je me souviens que pendant les deux premières années, je n’arrivais pas à m’y faire. Habituée à la gastronomie du Sichuan, je trouvais que la cuisine cantonaise était « sans sel et sans saveur ». Mais le temps change tout : peu à peu, j’ai appris à apprécier, puis à aimer le « goût originel » des plats cantonais. Aujourd’hui en France, il m’arrive souvent de repenser à la cuisine de Hong Kong, et peut-être que ce n’est pas parce que ces plats sont si délicieux en eux-mêmes, mais parce qu’ils portent en eux mes souvenirs exclusifs de cette ville, et la manière dont j’y ai trouvé qui je suis. Sans ces souvenirs, je ne serais plus moi-même.

J’ai intégré l’esprit du « Lion Rock » de Hong Kong dans mon sang. Quand je l’ai quittée, j’étais devenue quelqu’un de tenace et travailleur, simple et heureux, qui parle franchement. Je veux garder ces qualités, peu importe le temps qui me séparera d’elle.

Parce que je sais qu’elle restera toujours ma seconde patrie.