La dernière fois, j’ai écrit un article sur le choc culturel que j’ai ressenti à Paris, en évoquant principalement le côté « sale et désordonné » de la ville. Aujourd’hui, j’aimerais parler de son charme.
Côté paysages, Paris est vraiment magnifique, surtout au printemps et en été, lorsque toute la ville reprend vie. L’architecture haussmannienne lui confère une impression de grandeur et de majesté. Dans les stations de métro, on trouve de nombreuses affiches annonçant des expositions de musées et, dans Paris intra-muros, il est très facile de s’immerger dans une atmosphère culturelle et artistique. Les gens accordent également beaucoup de soin à leur tenue, hommes comme femmes : ils portent parfois un manteau noir ample ou un pantalon large, mais soignent toujours les petits accessoires.
De plus, pour visiter Paris, il n’est pas nécessaire de trop planifier : des surprises peuvent surgir à tout moment. Parfois, alors qu’on avait prévu de se rendre quelque part et qu’on suit son itinéraire, on découvre soudain en chemin : tiens, mais ce ne serait pas ce fameux endroit ? Ou bien un spectacle improvisé se produit dans la rue, et l’on s’arrête pour en profiter. À tel point qu’après trois ans à Paris, j’aime toujours aller voir les sites touristiques comme une touriste.
Je me souviens que, peu après mon arrivée à Paris, je suis allée au Sacré-Cœur, à Montmartre. Une jeune femme m’a demandé de la prendre en photo et je lui ai proposé d’en faire autant pour moi. Comme nous étions toutes les deux extraverties, nous nous sommes tout naturellement mises à discuter.
Après avoir découvert son parcours, je me suis dit que naître au bon endroit relevait vraiment de tout un art. Elle avait à peu près mon âge et était née en Autriche. Pendant son année sabbatique après le lycée, elle avait travaillé deux ans comme jeune fille au pair aux États-Unis, avant de rentrer à Vienne pour aller à l’université. Après un master en Espagne, elle s’était installée à Barcelone. Elle aussi adorait voyager et avait visité plus de trente pays. Elle avait été agressée et volée deux fois au Brésil, et victime de harcèlement sexuel en Égypte. Elle avait rencontré deux fois son idole, Britney Spears, et m’avait même montré une photo d’elles deux.
Bref, comme le courant passait particulièrement bien entre nous, nous avons décidé sur-le-champ de passer la journée ensemble. Nous nous sommes promenées tout l’après-midi, parlant de la culture française, puis de la vie, du travail et de l’amour. Au Sacré-Cœur, nous avons allumé une bougie pour son père, décédé peu de temps auparavant. Nous avons ensuite marché jusqu’au Moulin-Rouge, pris un verre dans le café où a été tourné Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, photographié la pyramide du Louvre, discuté sur des chaises du jardin des Tuileries et contemplé Paris depuis le toit des Galeries Lafayette. Au crépuscule, nous avons longé la Seine jusqu’à la tour Eiffel, mangé des sandwichs au bord du fleuve, puis attendu les illuminations scintillantes de la tour à l’heure pile, et ce jusque tard dans la nuit.
Avec le recul, cette journée a été l’un de ces rares moments romantiques que la vie nous offre, comme dans le film Before Sunrise. Nous savions toutes les deux que cette rencontre avait une durée limitée, mais nous avons choisi, sans même nous concerter, de partager cette demi-journée de nos vies et d’écouter l’histoire de l’autre.
Au café, nous avons parlé du lycée et de l’université. Elle m’a alors posé une question existentielle : à l’adolescence, sans fêtes, comment profitiez-vous de la vie ? Comment libériez-vous toutes ces hormones ? Je n’ai pu que lui répondre honnêtement : j’ai passé l’essentiel de mon adolescence à enchaîner les exercices scolaires.
